Les amoureux de reggae étaient nombreux avant-hier à faire la queue au stade Demba Diop pour voir à l'œuvre le groupe reggae jamaïcain Morgan Heritage venu à Dakar pour la première fois. Vers 16 heures déjà, les rastafaris se bousculaient devant les guichets pour acheter des tickets pour un concert prévu à 18 heures et qui, finalement, n'a commencé que vers minuit. II a fallu, en effet, attendre 22 heures pour voir les forces de l'ordre ouvrir les portes du stade.
Le public qui a aussitôt pris d'assaut les lieux commençait à s'impatienter. Les play-back de certains rappeurs comme Fafadi, Xuman et le rastaman Dread Maxim n'y firent rien. C'est à coups de sifflet que les spectateurs réclamaient les frères Morgan sur scène. Et ce n'est que l'installation de la Croix de David, très symbolique chez les rastas, qui a fini par convaincre le public que les choses sérieuses allaient bientôt commencer. Quelques minutes après, le Dj annonce le groupe devenu mythique. II faisait minuit passé lorsque le lead-vocal Peter Morgan, Grarn's, Mojo et leur soeur Una faisaient une entrée spectaculaire. Les choses sérieuses commencent : la chaude voix de Grams met le public de Demba Diop en transe. Sister Una torture son clavier avec professionnalisme au moment où Mojo Morgan maîtrisait ses drums derrière. Le tout orchestré par Peter Morgan, qui faisait office de maître de choeur.
Le public est en apothéose : les feux d'artifices illuminent le ciel de Demba Diop alors que partout flottaient des drapeaux à l'effigie de Bob Marley et Hailé Sélassié, baignant dans une atmosphère de fumée... de tabac et de chanvre indien. Les titres s'enchaînaient à un rythme épouvantable, souvent entrecoupé par des messages véridiques. Très touché par la manière dont le public reprenaient ses morceaux, le lead-vocal Peter Morgan lance aux jeunes en extase: «il faut fumer le ganja, la cigarette et la cocaïne sont dangereux, ils contiennent de la nicotine. Le ganja est de l'herbe naturelle, de l'herbe pure sans danger et il soigne». Le public s'enflamme, Peter poursuit de plus belle son discours : «les autorités doivent légaliser le ganja en tout cas si je rentre en Jamaïque, je vais demander au Premier ministre de vous fournir du bon ganja, le ganja cultivé en Jamaïque» le public réplique de plus bel «il faut légaliser le ganja », clame-t-il. C'est juste à cet instant que le lead du groupe précise : « vous les jeunes, vous pouvez fumer le ganja, mais les enfants qui vont à l'école ne doivent pas s'en procurer ».Apres ces conseils livrés au public, la voix de Grarns s'élevait à nouveau, dans un style love, et le public reprenait le refrain en choeur. Les titres s'enchaînent avec une parfaite maîtrise des instruments, suivis d'un dialogue avec le public jusque vers 6 heures du matin. Très satisfait, le groupe jamaïcain a promis de revenir prochainement au Sénégal avec plus de force. Tout cela au grand bonheur des rastaman rentrés dans la fraîcheur du petit matin saoule de reggœ et de ganja.
Jacques Ngor SARR
Source: Le Populaire